Le petit prince

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Le petit prince

Message par Cassiopée le Ven 1 Mai - 8:08

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Posté le: Dim Juil 01, 2007 10:59 pm
je lance le topic de la bouquinerie

j'ai lu a deux reprises le livre du petit prince il y a quelques mois ,
et bêtement il y a 2 jours je reprend en main ce minuscule petit libre
de ma table de chevet
et je passe directement a la 5eme planete et puis flash



d'ou je vous
mettrez (entre parenthese) la lumiere ce que j'y ai perçus et que je
n'avais pas vu , a savoir que s'est un des livres les plus lus et
pourtant le moins compris ,


un conte pour enfant profités en s'est du biscuit

------------------------------------------------------------------------

La cinquième planète était très curieuse. C'était la plus petite de
toutes. Il y avait là juste assez de place pour loger un réverbère et
un allumeur de réverbères. Le petit prince ne parvenait pas à
s'expliquer à quoi pouvaient servir, quelque part dans le ciel, sur une
planète sans maison, ni population, un réverbère et un allumeur de
réverbères. Cependant il se dit en lui-même:



- Peut-être bien que cet homme est absurde. Cependant il est moins
absurde que le roi, que le vaniteux, que le businessman et que le
buveur. Au moins son travail a-t-il un sens. Quand il allume son
réverbère, c'est comme s'il faisait naître une étoile de plus, ou une
fleur. Quand il éteint son réverbère ça endort la fleur ou l'étoile.
C'est une occupation très jolie. C'est véritablement utile puisque
c'est joli.



Lorsqu'il aborda la planète il salua respectueusement l'allumeur:



- Bonjour. Pourquoi viens-tu d'éteindre ton réverbère ?



- C'est la consigne , répondit l'allumeur. Bonjour.

( ou le programme de qu'on nous apprend d'être et de faire )



- Qu'est-ce que la consigne ?



- C'est d'éteindre mon réverbère. Bonsoir.



Et il le ralluma.



- Mais pourquoi viens-tu de le rallumer ?



- C'est la consigne, répondit l'allumeur.



- Je ne comprends pas, dit le petit prince.



- Il n'y a rien à comprendre, dit l'allumeur. La consigne c'est la consigne. Bonjour.

(un agneau)



Et il éteignit son réverbère.



Puis il s'épongea le front avec un mouchoir à carreaux rouges.



- Je fais là un métier terrible. C'était raisonnable autrefois.
J'éteignais le matin et j'allumais le soir. J'avais le reste du jour
pour me reposer, et le reste de la nuit pour dormir...



- Et, depuis cette époque, la consigne a changé ?



- La consigne n'a pas changé, dit l'allumeur. C'est bien là le drame ! La planète d'année en année a tourné de plus en plus vite, et la consigne n'a pas changé !



- Alors? dit le petit prince.



- Alors maintenant qu'elle fait un tour par minute, je n'ai plus
une seconde de repos. J'allume et j'éteins une fois par minute !



- Ça c'est drôle ! Les jours chez toi durent une minute !



- Ce n'est pas drôle du tout, dit l'allumeur. Ça fait déjà un mois que nous parlons ensemble.



- Un mois ?



- Oui. Trente minutes. Trente jours ! Bonsoir.(courir plus vite que le temps et ne plus avoir le temps)



Et il ralluma son réverbère.



Le petit prince le regarda et il aima cet allumeur qui était
tellement fidèle à la consigne. Il se souvint des couchers de soleil
que lui-même allait autrefois chercher, en tirant sa chaise. Il voulut
aider son ami:



- Tu sais... je connais un moyen de te reposer quand tu voudras...



- Je veux toujours, dit l'allumeur.



Car on peut être, à la fois, fidèle et paresseux.



Le petit prince poursuivit:

- Ta planète est tellement petite que tu en fais le tour en trois
enjambées. Tu n'as qu'à marcher assez lentement pour rester toujours au
soleil. Quand tu voudras te reposer tu marcheras... et le jour durera
aussi longtemps que tu voudras.

(il lui propose de prendre le temps)



- Ça ne m'avance pas à grand'chose, dit l'allumeur. Ce que j'aime dans la vie, c'est dormir.(il ne se rend pas compte qu'il dort)



- Ce n'est pas de chance, dit le petit prince.



- Ce n'est pas de chance, dit l'allumeur. Bonjour.



Et il éteignit son réverbère.



Celui-là, se dit
le petit prince, tandis qu'il poursuivait plus loin son voyage,
celui-là serait méprisé par tous les autres, par le roi, par le
vaniteux, par le buveur, par le businessman. Cependant c'est le seul
qui ne me paraisse pas ridicule. C'est, peut-être, parce qu'il s'occupe
d'autre chose que de soi-même.



Il eut un soupir de regret et se dit encore:

- Celui-là est le seul dont j'eusse pu faire mon ami. Mais sa
planète est vraiment trop petite. Il n'y a pas de place pour deux...
(...?)



Ce que le petit prince n'osait pas s'avouer, c'est qu'il regrettait
cette planète bénie à cause, surtout, des mille quatre cent quarante
couchers de soleil par vingt-quatre heures !
(pour cela il faut s'arrêter et se poser pour se retrouver a sa propre
evidence de l'instant present, prendre le temps de voir et de ne plus
croire )



de saint exupery



-----------------------

en souhaitant que cet encart vous
a plus a mon sens il y a encore des sens cachés pour les dormeurs que
nous sommes , tel le mouchoir a carreau rouge et pas de place pour deux
sur la planete ) que je n'ai pas encore clarifier et qui me percute aux
yeux

Cassiopée

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Re: Le petit prince

Message par Cassiopée le Ven 1 Mai - 8:10

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Posté le: Lun Juil 02, 2007 4:33 pm
>le petit prince le début



A LÉON WERTH



Je demande pardon aux enfants d’avoir dédié ce livre à une grande
personne. J’ai une excuse sérieuse: cette grande personne est le
meilleur ami que j’ai au monde. J’ai une autre excuse: cette grande
personne peut tout
comprendre, même les livres pour enfants. J’ai une troisième excuse:
cette grande personne habite la France où elle a faim et froid. Elle a
bien besoin d’être consolée. Si toutes ces excuses ne suffisent pas, je
veux bien dédier ce livre à l’enfant qu’a été autrefois cette grande
personne. Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants.
(Mais peu d’entre elles s’en souviennent.) Je corrige donc ma dédicace:



A LÉON WERTH

QUAND IL ÉTAIT PETIT GARÇON



chapitre 1

Lorsque j'avais six ans j'ai vu, une fois, une magnifique image,
dans un livre sur la Forêt Vierge qui s'appelait "Histoires Vécues". Ça
représentait un serpent boa qui avalait un fauve. Voilà la copie du
dessin.



On disait dans le livre: "Les serpents boas avalent leur proie tout entière, sans la mâcher. Ensuite ils ne peuvent plus bouger et ils dorment pendant les six mois de leur digestion".



J'ai alors beaucoup réfléchi sur les aventures de la jungle et, à
mon tour, j'ai réussi, avec un crayon de couleur, à tracer mon premier
dessin. Mon dessin numéro 1. Il était comme ça:



J'ai montré mon chef d'œuvre aux grandes personnes et je leur ai demandé si mon dessin leur faisait peur.



Elles m'ont répondu: "Pourquoi un chapeau ferait-il peur?"



Mon dessin ne représentait pas un chapeau. Il représentait un
serpent boa qui digérait un éléphant. J'ai alors dessiné l'intérieur du
serpent boa, afin que les grandes personnes puissent comprendre. Elles
ont toujours besoin d'explications. Mon dessin numéro 2 était comme ça:



Les grandes personnes m'ont conseillé de laisser de côté les
dessins de serpents boas ouverts ou fermés, et de m'intéresser plutôt à
la géographie, à l'histoire, au calcul et à la grammaire. C'est ainsi
que j'ai abandonné, à l'âge de six ans, une magnifique carrière de
peintre. J'avais été découragé par l'insuccès de mon dessin numéro 1 et
de mon dessin numéro 2. Les grandes personnes ne comprennent jamais
rien toutes seules, et c'est fatigant, pour les enfants, de toujours
leur donner des explications.



J'ai donc dû choisir un autre métier et j'ai appris à piloter des
avions. J'ai volé un peu partout dans le monde. Et la géographie, c'est
exact, m'a beaucoup servi. Je savais reconnaître, du premier coup
d'œil, la Chine de l'Arizona. C'est très utile, si l'on est égaré
pendant la nuit.



J'ai ainsi eu, au cours de ma vie, des tas de contacts avec des tas
de gens sérieux. J'ai beaucoup vécu chez les grandes personnes. Je les
ai vues de très près. Ça n'a pas trop amélioré mon opinion.



Quand j'en rencontrais une qui me paraissait un peu lucide, je
faisais l'expérience sur elle de mon dessin n° 1 que j'ai toujours
conservé. Je voulais savoir si elle était vraiment compréhensive. Mais
toujours elle me répondait: "C'est un chapeau." Alors je ne lui parlais
ni de serpents boas, ni de forêts vierges, ni d'étoiles. Je me mettais
à sa portée. Je lui parlais de bridge, de golf, de politique et de
cravates. Et la grande personne était bien contente de connaître un
homme aussi raisonnable.


suite ici , le livre complet



http://www3.sympatico.ca/gaston.ringuelet/lepetitprince/

Cassiopée

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Re: Le petit prince

Message par Cassiopée le Ven 1 Mai - 8:13

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Posté le: Mar Juil 03, 2007 5:37 pm
Que faut-il dire aux hommes ?



(Lettre au Général X, dernière lettre, écrite la veille de sa mort, par Antoine de Saint-Exupéry )



Je viens de faire quelques vols sur P. 38. C’est une belle machine.
J’aurais été heureux de disposer de ce cadeau-là pour mes vingt ans. Je
constate avec mélancolie qu’aujourd’hui, à quarante trois ans, après
quelques six mille cinq cents heures de vol sous tous les ciels du
monde, je ne puis plus trouver grand plaisir à ce jeu-là. Ce n’est plus
qu’un instrument de déplacement - ici de guerre. Si je me soumets à la
vitesse et à l’altitude à mon âge patriarcal pour ce métier, c’est bien
plus pour ne rien refuser des emmerdements de ma génération que dans
l’espoir de retrouver les satisfactions d’autrefois.



Ceci est peut-être mélancolique, mais peut-être bien ne l’est-ce
pas. C’est sans doute quand j’avais vingt ans que je me trompais. En
Octobre 1940, de retour d’Afrique du Nord où le groupe 2 - 33 avait
émigré, ma voiture étant remisée exsangue dans quelque garage
poussiéreux, j’ai découvert la carriole et le cheval. Par elle l’herbe
des chemins. Les moutons et les oliviers. Ces oliviers avaient un autre
rôle que celui de battre la mesure derrière les vitres à 130 kms à
l’heure. Ils se montraient dans leur rythme vrai qui est de lentement
fabriquer des olives. Les moutons n’avaient pas pour fin exclusive de
faire tomber la moyenne. Ils redevenaient vivants. Ils faisaient de
vraies crottes et fabriquaient de la vraie laine. Et l’herbe aussi
avait un sens puisqu’ils la broutaient.



Et je me suis senti revivre dans ce seul coin du monde où la
poussière soit parfumée (je suis injuste, elle l’est en Grèce aussi
comme en Provence). Et il m’a semblé que, toute ma vie, j’avais été un
imbécile...


Tout cela pour vous
expliquer que cette existence grégaire au coeur d’une base américaine,
ces repas expédiés debout en dix minutes, ce va-et-vient entre les
monoplaces de 2600 chevaux dans une bâtisse abstraite où nous sommes
entassé à trois par chambre, ce terrible désert humain, en un mot, n’a
rien qui me caresse le coeur. Ca aussi, comme les missions sans profit
ou espoir de retour de Juin 1940, c’est une maladie à passer. Je suis
"malade" pour un temps inconnu. Mais je ne me reconnais pas le droit de
ne pas subir cette maladie. Voilà tout.
Aujourd’hui, je suis profondément triste. Je suis triste pour ma
génération qui est vide de toute substance humaine. Qui n’ayant connu
que les bars, les mathématiques et les Bugatti comme forme de vie
spirituelle, se trouve aujourd’hui plongé dans une action strictement
grégaire qui n’a plus aucune couleur.



On ne sait pas le remarquer. Prenez le phénomène militaire d’il y a
cent ans. Considérez combien il intégrait d’efforts pour qu’il fut
répondu à la vie spirituelle, poétique ou simplement humaine de
l’homme. Aujourd’hui nous sommes plus desséchés que des briques, nous
sourions de ces niaiseries. Les costumes, les drapeaux, les chants, la
musique, les victoires (il n’est pas de victoire aujourd’hui, il n’est
que des phénomènes de digestion lente ou rapide) tout
lyrisme sonne ridicule et les hommes refusent d’être réveillés à une
vie spirituelle quelconque. Ils font honnêtement une sorte de travail à
la chaîne. Comme dit
la jeunesse américaine, "nous acceptons honnêtement ce job ingrat" et
la propagande, dans le monde entier, se bat les flancs avec désespoir.



De la tragédie grecque, l’humanité, dans sa décadence, est tombée
jusqu’au théâtre de Mr Louis Verneuil (on ne peut guère aller plus
loin). Siècle de publicité, du système Bedeau, des régimes totalitaires
et des armées sans clairons ni drapeaux, ni messes pour les morts. Je
hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif.



Ah ! Général, il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde.
Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes
spirituelles, faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un
chant grégorien. On ne peut vivre de frigidaires, de politique, de
bilans et de mots croisés, voyez-vous
! On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour. Rien qu’à
entendre un chant villageois du 15 ème siècle, on mesure la pente
descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande
(pardonnez-moi). Deux milliards d’hommes n’entendent plus que le robot,
ne comprennent plus que le robot, se font robots.



Tous les craquements des trente dernières années n’ont que deux
sources : les impasses du système économique du XIX ème siècle et le
désespoir spirituel. Pourquoi Mermoz a-t-il suivi son grand dadais de
colonel sinon par soif ? Pourquoi la Russie ? Pourquoi l’Espagne ? Les
hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes : hors des sciences de
la nature, cela ne leur a guère réussi. Il n’y a qu’un problème, un
seul : redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit plus haute encore que
la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme. Ca déborde
le problème de la vie religieuse qui n’en est qu’une forme (bien que
peut-être la vie de l’esprit conduise à l’autre nécessairement). Et la
vie de l’esprit commence là où un être est conçu au-dessus des
matériaux qui le composent. L’amour de la maison -cet amour
inconnaissable aux Etats-Unis - est déjà de la vie de l’esprit.



Et la fête villageoise, et le culte des morts (je cite cela car il
s’est tué depuis mon arrivée ici deux ou trois parachutistes, mais on
les a escamotés : ils avaient fini de servir) . Cela c’est de l’époque,
non de l’Amérique : l’homme n’a plus de sens.



Il faut absolument parler aux hommes.



A quoi servira de gagner la guerre si nous en avons pour cent ans
de crise d’épilepsie révolutionnaire ? Quand la question allemande sera
enfin réglée tous les problèmes véritables commenceront à se poser. Il
est peu probable que la spéculation sur les stocks américains suffise
au sortir de cette guerre à distraire, comme en 1919, l’humanité de ses
soucis véritables. Faute d’un courant spirituel fort, il poussera,
comme champignons, trente-six sectes qui se diviseront les unes les
autres. Le marxisme lui-même, trop vieilli, se décomposera en une
multitude de néo-marxismes contradictoires. On l’a bien observé en
Espagne. A moins qu’un César français ne nous installe dans un camp de
concentration pour l’éternité.



Ah ! quel étrange soir, ce soir, quel étrange climat. Je vois de ma
chambre s’allumer les fenêtres de ces bâtisses sans visages. J’entends
les postes de radio divers débiter leur musique de mirliton à ces
foules désoeuvrées venues d’au-delà des mers et qui ne connaissent même
pas la nostalgie.



On peut confondre cette acceptation résignée avec l’esprit de
sacrifice ou la grandeur morale. Ce serait là une belle erreur. Les
liens d’amour qui nouent l’homme d’aujourd’hui aux êtres comme aux
choses sont si peu tendus, si peu denses, que l’homme ne sent plus
l’absence comme autrefois. C’est le mot terrible de cette histoire
juive : "tu vas donc là-bas ? Comme tu seras loin " - Loin d’où ? Le
"où" qu’ils ont quitté n’était plus guère qu’un vaste faisceau
d’habitudes.



Dans cette époque de divorce, on divorce avec la même facilité
d’avec les choses. Les frigidaires sont interchangeables. Et la maison
aussi si elle n’est qu’un assemblage. Et la femme. Et la religion. Et
le parti. On ne peut même pas être infidèle : à quoi serait-on infidèle
? Loin d’où et infidèle à quoi ? Désert de l’homme.



Qu’ils sont donc sages et paisibles ces hommes en groupe. Moi je
songe aux marins bretons d’autrefois, qui débarquaient, lâchés sur une
ville, à ces noeuds complexes d’appétits violents et de nostalgie
intolérable qu’ont toujours constitués les mâles un peu trop sévèrement
parqués. Il fallait toujours, pour les tenir, des gendarmes forts ou
des principes forts ou des fois fortes. Mais aucun de ceux-là ne
manquerait de respect à une gardeuse d’oies. L’homme d’aujourd’hui on
le fait tenir tranquille, selon le milieu, avec la belote ou le bridge.
Nous sommes étonnamment bien châtrés.



Ainsi sommes-nous enfin libres . On nous a coupé les bras et les
jambes, puis on nous a laissé libres de marcher. Mais je hais cette
époque où l’homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail
doux, poli et tranquille. On nous fait prendre ça pour un progrès moral
! Ce que je hais dans le marxisme, c’est le totalitarisme à quoi il
conduit. L’homme y est défini comme producteur et consommateur, le
problème essentiel étant celui de la distribution. Ce que je hais dans
le nazisme, c’est le totalitarisme à quoi il prétend par son essence
même. On fait défiler les ouvriers de la Ruhr devant un Van Gogh, un
Cézanne et un chromo. Ils votent naturellement pour le chromo. Voilà la
vérité du peuple ! On boucle solidement dans un camp de concentration
les candidats Cézanne, les candidats Van Gogh, tous les grands
non-conformistes, et l’on alimente en chromos un bétail soumis. Mais où
vont les Etats-Unis et où allons-nous, nous aussi, à cette époque de
fonctionnariat universel ? L’homme robot, l’homme termite, l’homme
oscillant du travail à la chaîne système Bedeau à la belote. L’homme
châtré de tout
son pouvoir créateur, et qui ne sait même plus, du fond de son village,
créer une danse ni une chanson. L’homme que l’on alimente en culture de
confection, en culture standard comme on alimente les boeufs en foin.



C’est cela l’homme d’aujourd’hui.



Et moi je pense que, il n’y a pas trois cents ans, on pouvait
écrire " La Princesse de Clèves" ou s’enfermer dans un couvent pour la
vie à cause d’un amour perdu, tant était brûlant l’amour. Aujourd’hui
bien sûr les gens se suicident, mais la souffrance de ceux-là est de
l’ordre d’une rage de dents intolérable. Ce n’a point à faire avec
l’amour.



Certes, il est une première étape. Je ne puis supporter l’idée de
verser des générations d’enfants français dans le ventre du moloch
allemand. La substance même est menacée, mais, quand elle sera sauvée,
alors se posera le problème fondamental qui est celui de notre temps.
Qui est celui du sens de l’homme et auquel il n’est point proposé de
réponse, et j’ai l’impression de marcher vers les temps les plus noirs
du monde.



Ca m’est égal d’être tué en guerre. De ce que j’ai aimé, que
restera-t-il ? Autant que les êtres, je parle des coutumes, des
intonations irremplaçables, d’une certaine lumière spirituelle. Du
déjeuner dans la ferme provençale sous les oliviers, mais aussi de
Haendel. Les choses. je m’en fous, qui subsisteront. Ce qui vaut, c’est
certain arrangement des choses. La civilisation est un bien invisible
puisqu’elle porte non sur les choses, mais sur les invisibles liens qui
les nouent l’une à l’autre, ainsi et non autrement. Nous aurons de
parfaits instruments de musique, distribués en grande série, mais où
sera le musicien ? Si je suis tué en guerre, je m’en moque bien. Ou si
je subis une crise de rage de ces sortes de torpilles volantes qui
n’ont plus rien à voir avec le vol et font du pilote parmi ses boutons
et ses cadrans une sorte de chef comptable (le vol aussi c’est un
certain ordre de liens).



Mais si je rentre vivant de ce "job nécessaire et ingrat", il ne se
posera pour moi qu’un problème : que peut-on, que faut-il dire aux
hommes ?



30 Juillet 1944

Cassiopée

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Re: Le petit prince

Message par Cassiopée le Ven 1 Mai - 8:15

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Posté le: Mer Juil 04, 2007 1:13 pm
un dernier texte de saint- exupéry

sur Dieu



Je suis la source de toute vie. Je suis la marée qui entre en vous et vous anime et se retire. Je suis le mal qui entre en vous et vous déchire et se retire. Je suis l’amour qui entre en vous et dure pour l’éternité.



Et vous venez m’opposer Marcion et le quatrième évangile. Et vous venez me parler d’interprétations. Et vous venez dresser contre moi votre misérable logique humaine, quand je suis celui qui est au-delà, quand c’est d’elle que je vous délivre !



O prisonniers, comprenez-moi ! Je vous
délivre de votre science, de vos formules, de vos lois, de cette
esclavage de l’esprit, de ce déterminisme plus dur que la fatalité. Je
suis le défaut dans l’armure. Je suis la lucarne dans la prison. Je
suis l’erreur dans le calcul : je suis la vie.



Vous avez intégré la marche de l’étoile, ô génération des laboratoires, et vous ne la connaissez plus. C’est un signe dans votre livre, mais ce n’est plus de la lumière : vous en savez moins qu’un petit enfant ! Vous avez découvert jusqu’aux lois qui gouvernent l’amour humain, mais cet amour même échappe à vos signes : vous en savez moins qu’une jeune fille ! Eh bien, venez à moi. Cette douceur de la lumière, cette lumière de l’amour, je vous les rends. Je vous asservis pas : je vous sauve. De l’homme qui le premier calcula la chute d’un fruit et vous enferma dans cette esclavage, je vous libère. Ma demeure est la seule issue, que deviendrez-vous hors de ma demeure ?



Que deviendrez-vous
hors de ma demeure, hors de ce navire où l’écoulement des heures prend
son plein sens, comme sur l’étrave luisante, l’écoulement de la mer.
L’écoulement de la mer qui ne fait pas de bruit mais qui porte les
iles. L’écoulement de la mer...



Venez à moi, vous à qui l’action, qui ne mène à rien, fut amère.



Venez à moi, vous à qui la pensée, qui ne mène qu’aux lois, fut amère.



Car je suis celui qui accueille. Je portais les péchés du monde.
J’ai porté son Mal. J’ai porté vos détresses de bêtes qui perdent leurs
petits et vos maladies incurables,et vous en étiez soulagés.



Mais ton mal, ô mon peuple d’aujourd’hui, est une misère plus haute et
plus irréparable, et pourtant je le porterai comme les autres. Je
porterai les chaines plus lourdes de l’esprit.



Je suis celui qui porte les fardeaux du monde.



Vous serez des enfants qui jouent.



Vos efforts vains de chaque jour, qui vous
épuisent, venez à moi, je leur donnerai un sens, ils bâtiront dans
votre coeur, j’en ferai une chose humaine... J’en ferai une chose
humaine.



De vos amours, sèches, cruelles et désespérées, amants d’aujourd’hui, venez à moi, j’en ferai une chose humaine.



De votre hâte vers la chair, de votre retour triste, venez à moi, j’en ferai une chose humaine...



Je suis le seul qui puisse rendre l’homme à lui même ... car je suis celui qui s’est émerveillé de l’ homme.



et un site sur l'auteur



http://www.saint-exupery.org/

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Re: Le petit prince

Message par Cassiopée le Ven 1 Mai - 8:16

graindesel
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Posté le: Mer Juil 04, 2007 2:41 pm
Le Petit Prince de stExupéry

Le géographe:

"Si quelqu'un aime une fleur qui n'existe qu'à un exemplaire dans les
millions et les millions d'étoiles, ça suffit pour qu'il soit heureux
quand il les regarde.

-Il se dit "ma fleur est là quelque part"

Le Petit Prince, alors ne put contenir son admiration :

-Que vous êtes belle!

-N'est ce pas, répondit doucement la fleur et je suis née en même temps que le soleil...

-J'ai aussi une fleur, dit le Petit Prince au géographe

-Nous ne notons pas les fleurs, dit le géographe.

-Pourquoi ça? c'est le plus joli

-Parce que les fleurs sont éphémères

-Qu'est-ce que signifie éphémère?

-Ca signifie "qui est menacée de disparition prochainement"

-Ma fleur est menacée de disparaître

-Bien sûr, dit le géographe

-Ma fleur est éphémère, se dit le Petit Prince et elle n'a que quatre épines pour se défendre contre le monde...

-Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c'est doux la
nuit de regarder le ciel, toutes les étoiles sont fleuries, tu
regarderas la nuit les étoiles, mon étoile, ça sera pour toi une des
étoiles, alors toutes les étoiles, tu aimera les regarder, elles sont
toutes tes amies.

-Quand tu regarderas le ciel, la nuit, puisque j'habiterai dans
l'une d'elle, puisque je rirai dans l'une d'elles, alors ce sera pour
toi comme riraient toutes les étoiles et quand tu sera consolé(on se
console toujours) tu seras content de m'avoir connu..tu seras toujours
mon ami dit la fleur..........

_________________
sois ton propre refuge

sois ton propre flambeau

Cassiopée

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Re: Le petit prince

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